L’Exil maghrébin en France

L’Exil maghrébin en France: aux origines de la génération “Beur”

Abstract:

Cette recherche compare deux analyses par des auteurs d’origine maghrébine: Hospitalité française de Tahar Ben Jelloun (1984) et Lettres parisiennes de Leïla Sebbar (1986). Le premier est une autopsie de la société d’accueil française, le second de l’exil. Ces auteurs sont eux-mêmes migrants et parents d’enfants français. Leurs témoignages et perspectives nous permettent de remettre en question le concept d’exil et la définition du “Beur” comme jeune maghrébin né en France de parents immigrés.

J’explique que l’exil n’implique pas forcément un déplacement physique mais plutôt un ressenti. Qu’il faille traverser la Méditerranée ou le périphérique parisien pour réussir, l’un comme l’autre peut paraître infranchissable. Je redéfinis l’exil comme un déracinement ou une aliénation qui n’est pas proportionnel à la distance parcourue. Celui-ci provoque une paratopie, c’est-à-dire un tiraillement intérieur qui mène à un besoin d’écrire. Les Beurs souffrent d’un dédoublement de leur identité lorsqu’ils sont rejetés des centres géographiques et culturels français. Or, contrairement à leurs parents, ils n’appartiennent pas pour autant à la culture orientale. Ils choisissent donc un troisième pôle, une culture de rue qui leur permet de dépasser leur double consciousness (i.e. W.E.B. Du Bois). Tel des exilés, ils restent essentiellement en suspens dans un entre-deux, dans un injuste milieu qui les pousse eux-aussi à s’exprimer.

Corpus:

  • Tahar Ben Jelloun, Hospitalité française: racisme et immigration maghrébine (Paris: Éditions du Seuil, 1984).
  • Leïla Sebbar et Nancy Huston, Lettres parisiennes: autopsie de l’exil (Paris: Barrault, 1986).