Abstract

Dans la bouche de Pantagruel: the world turned inside out.

Cette recherche analyse le chapitre XXXII de Pantagruel afin de proposer une nouvelle vision du carnavalesque. L’essence de l’œuvre rabelaisienne est “le monde à l’envers”; pourtant, à travers l’exemple de la visite de la bouche du géant, je considère ce monde à l’envers non pas comme un “world upside down” mais plutôt comme un “world inside out”, un renversement métonymique des rapports entre contenant et contenu, entre créateur et créature/création. Cet épisode révèle que le monde hors de la bouche existe indépendamment du monde “intérieur” où le narrateur séjourne pendant 6 mois: la bouche est en fait un orifice de passage entre deux cosmos distincts. Plutôt qu’un jeu de poupée russe, le monde interne et externe se font donc écho dans un jeu de miroir. Ni l’un ni l’autre n’est idéal; l’intra-monde est un microcosme représentant la quête du réel et de la science, tandis que l’extérieur représente le monde quichottesque de la fiction et du rêve. Rabelais incarnait lui-même ce lien entre la médecine et la spiritualité. Il suggère que des visions pragmatiques et fantaisistes du monde sont en fait conciliables — elles se complètent mutuellement. Aujourd’hui encore, le problème persiste: “la moitié du monde ne sait comment l’autre vit”.[1]

[1] François Rabelais, Garguantua et Pantagruel: tome 1 (Paris: Bibliothèque Larousse, [1532], 1913), p. 207.