Abstract

La femme noire âgée dans le roman francophone : entre mouroir et miroir.

            This research focalizes on a figure often neglected and forgotten by dominant culture, History and literary studies alike. It examines the black middle-aged woman as a protagonist coping with a triple social alienation based on her race, her gender and her age, through the comparative study of three novels: Maryse Condé’s Victoire : les saveurs et les mots; Calixthe Beyala’s La petite fille du réverbère; and Marie-Célie Agnant’s Le Livre d’Emma. Each of these novels deals with social oppression in different geographical spaces and timeframes: respectively end of the 19th century’s Guadeloupe; Cameroun in 1945; and end of the 20th century’s Haiti. As such, we will be able to compare and contrast these different cultures, eras and media of expression as oral tradition and written literature overlap. We will see to what extent a common experience is found and how racial dynamics differ in these books.

            This study sees these middle-aged women protagonists as being between “mirrors and mortuaries,” since symbolically they are alienated, rejected and given up for dead by patriarchal white hegemonic societies. They feel trapped in their black skins and black bodies, heirs to a curse that traces back to slavery’s rapes and institutionalized racism. However, thanks to a process of identification and transmission (i.e. mirrors) with other generations of black women, they get to share their experiences and become spiritual leaders. Through the education of their daughters or grand-daughters, they have a chance to pick up the pieces of the broken mirrors and step out of their tragic fates.

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Résumé :

            Cette recherche se focalise sur une figure souvent négligée et oubliée par l’Histoire : celle de la femme noire âgée. Il s’agit ici d’analyser cette figure victime d’une triple aliénation sociale (de par sa couleur de peau, son sexe et son âge) à travers une étude comparative de trois romans francophone (Victoire : les saveurs et les mots, de Maryse Condé ; La petite fille du réverbère de Calixthe Beyala ; et Le livre d’Emma, de Marie-Célie Agnant), chacun traitant de transmission matrilinéaire et d’oppression au sein d’une société phallocratique et eurocentrique dans différents espaces (respectivement la Guadeloupe, le Cameroun et Haïti). Chaque œuvre est de plus située dans une période différente : la fin du 19ème siècle pour Condé, 1945 pour Beyala, et la fin du 20ème siècle pour Agnant. Ainsi, nous pourrons comparer et contraster ces différentes cultures, différentes époques et différents modes d’expression, puisque l’oralité et l’écriture se chevauchent dans chaque roman. Nous verrons en quoi ces différentes expériences se rejoignent et en quoi les dynamiques raciales diffèrent.

            Cette étude considère les femmes protagonistes comme étant « entre mouroir et miroir ». Symboliquement, « mouroir » fait référence au fait que ces femmes sont aliénées, rejetés et laissées pour mourir par des sociétés élitistes et racistes. Elles se sentent prisonnières dans leur peau noire et leur corps de femmes, héritières d’une malédiction qui remonte aux viols de la période esclavagiste. Or, grâce à un processus d’identification et de transmission avec d’autres générations de femmes noires, elles peuvent leur transmettre leurs expériences et servir de guides spirituelles. Grâce à l’éducation de leurs filles et petites-filles, elles pourront recoller les morceaux des liens familiaux brisés, traverser le miroir et enfin sortir du mouroir.